Aller au contenu
aroma class club
Lichen mousse de chêne crème accroché à l'écorce crevassée d'un arbre

Classe n°7 8 min de lecture

Osmothèque de Versailles : le conservatoire des parfums disparus

L'Osmothèque, à Versailles, garde 4 000 parfums, dont 800 disparus du commerce, et refait d'après leur formule d'origine ceux qu'on ne trouve plus. Tu sauras ce qu'elle conserve, pourquoi un parfum disparaît et comment le sentir aujourd'hui.

Par l'équipe du club ·

L'Osmothèque est le conservatoire international des parfums, à Versailles : elle garde des parfums vendus aujourd'hui et des parfums retirés du commerce, et elle refait ces derniers d'après leur formule d'origine pour que le public puisse encore les sentir. La page de présentation de l'Osmothèque la décrit comme une association loi 1901 inaugurée le 26 avril 1990, dont le nom vient du grec « osmè », l'odeur, et « theke », le rangement.

Un parfum n'a rien d'éternel. La maison qui le vendait ferme, le jus s'abîme dans son flacon, une matière première cesse d'exister, une autre devient interdite. Le conservatoire de Versailles oppose à chacune de ces fins un outil précis : des formules confiées, une cave, des parfumeurs qui refont et qui évaluent. Ce cours t'explique ce qu'il conserve, pourquoi tant de parfums s'effacent, et comment tu peux sentir aujourd'hui un chypré de 1917.

Qu'est-ce que l'Osmothèque de Versailles ?

L'Osmothèque de Versailles est d'abord un projet de parfumeurs. D'après le livret des ateliers olfactifs publié par l'Osmothèque, la commission technique de la Société française des parfumeurs a étudié pendant des années l'idée d'une « Maison des Parfums » : un lieu où professionnels et amateurs retrouveraient les parfums qu'ils avaient aimés, et le seul endroit où des parfums perdus seraient reproduits, classés et archivés.

Le même livret présente Jean Kerléo comme le fondateur du conservatoire. Il raconte que les pionniers du projet avaient réuni environ 400 parfums, dont 70 déjà disparus du commerce, et que deux institutions ont soutenu l'entreprise : le Comité français du parfum et la chambre de commerce et d'industrie de Versailles. Le conservatoire s'appuie aujourd'hui sur des parfumeurs confirmés, les « osmothécaires », qui veillent sur la collection et animent les conférences.

Que conserve l'Osmothèque, et dans quelles conditions ?

L'Osmothèque conserve 4 000 parfums, dont 800 disparus, selon la page consacrée à la collection du conservatoire. Ils lui viennent des maisons qui les ont créés, des sociétés de composition qui détiennent parfois la formule d'un parfum disparu, et de quelques héritiers de maisons fermées. Les formules ne sont pas données mais confiées : elles restent la propriété de celui qui les prête, ne peuvent être ni consultées ni utilisées dans un but commercial, et dorment dans le coffre d'une banque.

Les flacons, eux, vivent dans une pièce appelée « la cave ». Aucune lumière du jour, une température constante de 12 °C, un conditionnement sous argon, un gaz neutre, et des parfumeurs-osmothécaires qui évaluent régulièrement la collection. Ces précautions laissent deviner ce qui use un parfum : la lumière, la chaleur et l'air. La Classe sur la façon de conserver un parfum chez soi reprend ces trois ennemis à l'échelle d'une salle de bains.

Une centaine de ces parfums portent le titre de « Trésors » : des parfums célèbres, disparus du commerce, dont la formule originale est conservée, ce qui permet de les refaire à l'identique pour les faire découvrir au public, « mais nullement pour le vendre », précise l'article de l'Osmothèque sur ses Trésors. Certains remontent loin : l'Eau de la Reine de Hongrie, que le conservatoire date du XIVe siècle, le Vinaigre aromatique de Bully (1818) ou l'Eau de Cologne de Napoléon à Sainte-Hélène (1820). Pour replacer ces repères dans le temps long, la Classe sur l'histoire du parfum en repères vérifiés part de l'Antiquité.

Pourquoi un parfum disparaît-il du commerce ?

Un parfum disparaît pour l'une de quatre raisons, et l'Osmothèque répond à chacune d'une manière différente. Le tableau les range de la plus ordinaire à la plus récente.

CauseCe qui arrive au parfumCe que fait l'Osmothèque
La maison cesse de le vendre, ou fermeIl quitte les rayons ; seuls quelques flacons et la formule surviventElle recueille parfums et formules auprès des maisons, des sociétés de composition et des héritiers
Le jus vieillitLe flacon ouvert ou mal rangé perd sa fraîcheurElle garde ses parfums dans le noir, à 12 °C, sous argon, et les fait évaluer régulièrement
Une matière première n'existe plusLa formule ne peut plus être suivie telle quelleElle renonce à la reconstitution plutôt que d'inventer un remplaçant
Une matière est interdite par la loiLe parfum vendu doit être reformulé et risque de changer d'odeurElle refait l'original pour le faire sentir, jamais pour le vendre

Les trois premières causes tiennent au temps qui passe. La quatrième est plus récente, et la mousse de chêne en donne l'exemple le plus clair. Cet extrait d'un lichen qui pousse sur le chêne, Evernia prunastri, est une composante traditionnelle des parfums chyprés : l'article de Wikipédia sur le chypre rappelle qu'il servait de note de fond au Chypre de François Coty en 1917, et que beaucoup de parfums de cette famille ont disparu depuis.

La mousse de chêne contient naturellement deux molécules, l'atranol et le chloroatranol, que le règlement (UE) 2017/1410 de la Commission européenne interdit dans les produits cosmétiques : plus de mise sur le marché européen à partir du 23 août 2019, plus de mise à disposition à partir du 23 août 2021. Le comité scientifique européen les rangeait parmi les parfums allergisants ayant provoqué le plus d'allergies de contact au cours des années précédentes. Le règlement accorde un délai plus long que d'ordinaire en invoquant « la complexité et la longueur exceptionnelles de la procédure de reformulation des parfums », ainsi que les préoccupations des consommateurs « quant au changement des propriétés olfactives des parfums ». Le texte prend donc au sérieux la crainte qu'un chypré reformulé ne sente plus comme avant. La Classe consacrée aux allergènes déclarés sur l'étiquette détaille ces règles.

Comment l'Osmothèque refait-elle un parfum disparu ?

L'Osmothèque refait un parfum disparu en suivant sa formule d'origine sans s'en écarter, ou elle ne le refait pas. La page de la collection est nette : lorsqu'une seule matière première n'est plus disponible, le parfum n'est pas reconstitué. Le conservatoire n'invente pas de remplaçant et ne modernise rien.

L'Osmothèque n'exerce pas une fonction d'interprète mais d'archiviste.

Osmothèque, page de la collection

Les grandes maisons prennent part à ce travail. L'article sur les Trésors raconte que Guerlain a confié au conservatoire plusieurs de ses parfums disparus, refaits par ses soins, dont Fleur qui meurt (1901), Sillage (1907), Chypre de Paris (1909) et Coque d'Or (1935), et que Chanel a repesé pour lui Kobako, un parfum de Bourjois. Repeser, c'est peser de nouveau chaque matière de la formule pour recréer le jus.

Une reconstitution n'est pas une réédition. Le parfum refait par l'Osmothèque sert à être senti, pas à être vendu. Une maison qui relance un parfum ancien en boutique doit, elle, respecter la réglementation d'aujourd'hui, ce qui ramène à la mousse de chêne et à l'atranol.

Aldéhydes et mousse de chêne : deux matières pour lire la collection

Les aldéhydes sont l'une des grandes nouveautés que la chimie a données aux parfumeurs, et l'Osmothèque les fait sentir dans ses ateliers sur les matières premières, consacrés à ce que le livret appelle l'âge d'or de la chimie de synthèse. Le Musée international de la parfumerie de Grasse écrit que la parfumerie contemporaine est née en France au début du XXe siècle grâce à François Coty, et que c'est là que Coco Chanel a lancé la mode des parfums riches en aldéhydes. Le livret de l'Osmothèque range d'ailleurs le N°5 d'Ernest Beaux, daté de 1921, parmi les parfums de ses ateliers sur les pionniers.

Attention aux homonymes : parmi les Trésors figure aussi Le Numéro Cinq de Molyneux, un autre parfum, d'une autre maison. Une conférence à l'Osmothèque sert aussi à ça, remettre chaque nom à sa place.

La mousse de chêne, elle, se sent dans les chyprés de la collection. La page de la collection cite Le Chypre de Coty (1917) parmi les chefs-d'œuvre que le conservatoire permet de sentir, à côté de Fougère Royale de Houbigant (1882, ou 1884 selon l'Osmothèque, comme le détaille la Classe sur l'histoire du parfum), du Fruit Défendu des Parfums de Rosine (1914), de Crêpe de Chine de Millot (1925) et d'Iris Gris de Jacques Fath (1947). Reconstitué à l'identique, un chypré de 1917 garde la mousse de chêne que prévoyait sa formule, une version que la réglementation européenne rendrait difficile à vendre telle quelle aujourd'hui.

Comment sentir aujourd'hui un parfum disparu ?

Pour sentir un parfum disparu, le plus simple est de t'inscrire à une conférence olfactive de l'Osmothèque : c'est sous cette forme que se visite la collection, sur l'histoire de la parfumerie ou sur d'autres thèmes. La présentation du conservatoire en annonce environ 150 par an, animées par les osmothécaires, et signale une librairie spécialisée et une bibliothèque privée ouvertes aux recherches.

Si les dates ne te conviennent pas, le conservatoire peut organiser un rendez-vous avec son équipe ou avec un parfumeur-osmothécaire, et les groupes d'au moins 15 personnes bénéficient de tarifs préférentiels. Un conseil du club : choisis une famille avant d'y aller. Sentir trois chyprés à la suite apprend davantage que dix parfums pris au hasard. Si tu fais la visite, raconte-la dans le cercle Histoire, flacons et maisons.

Exercice : monter ta petite cave et regarder une odeur vieillir

Cet exercice reprend, avec trois zestes, la logique de la cave de l'Osmothèque. Il demande un agrume, deux bocaux, une soucoupe et quelques jours. Rien ne se met sur la peau.

  1. Prélève trois larges zestes sur un même citron ou une même orange, sans la peau blanche.
  2. Zeste A : dans un bocal fermé, au fond d'un placard. C'est ta cave : noir, frais, peu d'air.
  3. Zeste B : sur une soucoupe, à l'air libre, dans le même placard. Seul l'air change.
  4. Zeste C : dans un bocal fermé, posé derrière une fenêtre au soleil. Ici, ce sont la lumière et la chaleur qui changent.
  5. Sens les trois au bout de deux jours, puis de cinq jours. Pour chacun, note trois mots : frais, piquant, confit, cireux, éteint, ce qui te vient.
  6. Si tu as un parfum, vaporise deux mouillettes : l'une dans un bocal fermé, l'autre à l'air libre. Compare-les le lendemain, puis trois jours plus tard.

Garde tes notes et compare-les à celles des autres membres. Ce carnet de trois zestes, c'est en tout petit le travail d'évaluation que les osmothécaires mènent régulièrement sur une collection de plusieurs milliers de flacons.

Aldéhydes Mousse de chêne

Pour aller plus loin

Ce qu'en disent les membres

romain.sous.bois

Semnoz, 8 h, ciel lavé. Exercice fait avec un citron du marché. Au bout de cinq jours, le zeste de la fenêtre : cireux, presque éteint ; celui du placard sentait encore le fruit coupé. Et la mousse de chêne, je la croise chaque matin sur l'écorce des chênes pédonculés.

romane.petitgrain

Question de débutante : si l'Osmothèque refait les parfums à l'identique, pourquoi elle ne les vend pas ? Par contre pour la mousse de chêne j'ai compris, c'est la loi.

agathe.tilleul

Romane, la Classe donne deux raisons. Les formules sont seulement confiées au conservatoire : elles restent à la maison qui les a prêtées et ne peuvent servir dans aucun but commercial. Et un parfum vendu aujourd'hui doit suivre les règles d'aujourd'hui.

hortense.chypre

J'habite à deux rues de l'Osmothèque et j'y suis allée pour une conférence sur les chyprés. Sentir la mousse de chêne d'origine m'a fait comprendre ce que je cherchais depuis des années.

clemence.encre

La mousse de chêne entrait dans les formules sans aucune des règles qu'on lui connaît aujourd'hui ; c'est ce qui rend ces reconstitutions si parlantes pour qui enseigne l'histoire. Si quelqu'un a mieux, je prends.

Les autres Classes

Grappe de citrons mûrs à la peau bosselée, éclairée sur un fond de feuillage sombre

Classe n°8 · 8 min de lecture

Entraîner son nez : apprendre à sentir avec ta cuisine

Entraîner son nez, c'est sentir souvent, par paires, en mettant un mot sur chaque odeur : la recherche montre que reconnaître les odeurs s'apprend et progresse avec la pratique. Avec ce cours, tu sauras utiliser une mouillette, monter un exercice à l'aveugle avec les épices du placard et ménager ton nez quand il se fatigue.

Orgue de parfumeur blanc en hémicycle, flacons bruns en gradins autour d'une chaise

Classe n°9 · 8 min de lecture

Vocabulaire du parfum : les dix mots du métier expliqués simplement

Le vocabulaire du parfum tient en dix mots qui reviennent partout : note, accord, facette, famille, sillage, tenue, concentré, jus, mouillette et flanker. Ce cours les définit à partir du glossaire de la Société française des parfumeurs et t'apprend à t'en servir pour décrire ce que tu sens.

Massif d'iris pâles mauves en pleine floraison dans un jardin botanique de Suède

Classe n°10 · 8 min de lecture

Bien se parfumer : où, combien, et pourquoi tu ne te sens plus

Bien se parfumer, c'est vaporiser à distance sur une peau propre ou un tissu qui ne craint rien, sans frotter, et s'arrêter avant que ton nez ne réclame une dose de plus. Tu sauras où poser ton parfum, combien en mettre, et pourquoi tu cesses de le sentir alors que les autres le sentent encore.