Allergènes du parfum et IFRA : ce que dit vraiment l'étiquette
Sur un parfum vendu dans l'Union européenne, le mot « parfum » couvre toute la composition, et seuls les allergènes listés par le règlement cosmétique sont nommés à part, au-delà d'un seuil. Tu sauras lire ces noms, dater ce que le règlement de 2023 a ajouté et distinguer cette loi des normes de l'IFRA, qui ne figurent jamais sur le flacon.
Par l'équipe du club ·
Sur un produit cosmétique vendu dans l'Union européenne, le mot « parfum » de la liste d'ingrédients désigne toute la composition parfumante et ses matières premières, sans les détailler. Le règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques y ajoute une exception : certaines substances allergisantes doivent être nommées à part, une par une, dès que leur concentration dépasse 0,001 % dans un produit sans rinçage (un parfum, une crème) et 0,01 % dans un produit à rincer (un shampooing, un gel douche).
Cette liste s'allonge. En 2023, 24 substances parfumantes étaient concernées ; le règlement (UE) 2023/1545 de la Commission étend l'obligation aux 56 allergènes supplémentaires repérés par le comité scientifique pour la sécurité des consommateurs, avec un calendrier qui court jusqu'en 2028. Les normes de l'IFRA, elles, travaillent en amont, dans la formule : elles interdisent, limitent ou encadrent des matières, et tu ne les liras sur aucun flacon.
Que veut dire le mot « parfum » dans une liste d'ingrédients ?
Le mot « parfum » est un nom collectif fixé par la loi. L'article 19 du règlement cosmétique prévoit que les compositions parfumantes et aromatiques, et leurs matières premières, sont mentionnées par les termes « parfum » ou « aroma » ; s'y ajoutent les substances dont la colonne « Autres » de l'annexe III exige la mention. Une formule entière tient donc en un mot, suivi de quelques noms à part.
Le même article fixe l'ordre de la liste. Les ingrédients sont rangés par importance pondérale décroissante au moment où ils entrent dans le produit, mais ceux qui sont présents à moins de 1 % peuvent suivre dans le désordre. Un allergène placé en fin de liste ne t'apprend donc presque rien sur sa dose : il te dit qu'il est là, au-dessus du seuil.
La liste d'ingrédients ne parle pas non plus le langage des notes. Les guides pour choisir un parfum, dans la presse beauté comme chez Mademoiselle Bulle, décrivent une composition par ses notes de tête, de cœur et de fond ; l'étiquette, elle, ne connaît que le mot « parfum » et les allergènes au-delà du seuil. La Classe consacrée à la lecture d'une étiquette de parfum, du numéro de lot au symbole de durée après ouverture reprend le reste de l'emballage.
Quels allergènes doivent apparaître sur l'étiquette d'un parfum ?
Les allergènes qui doivent apparaître sur l'étiquette sont ceux que l'annexe III du règlement cosmétique accompagne d'une obligation de mention. La liste historique contient des noms qu'un amateur croise souvent : Limonene (ligne 88), Coumarin (ligne 77), Citral (ligne 70) ou Evernia Prunastri Extract, l'extrait de mousse de chêne (ligne 91). Chacun doit être écrit au-delà de 0,001 % dans un produit sans rinçage et de 0,01 % dans un produit à rincer.
Le but de cette mention n'est pas d'alerter tout le monde. Le règlement de 2023 l'explique : limiter une substance protège la population contre l'apparition d'une allergie, mais une personne déjà sensibilisée peut réagir en dessous des teneurs permises, et l'étiquette lui permet d'éviter la substance en cause. Le même texte estime entre 1 et 9 % la part de la population de l'Union allergique à des substances parfumantes.
Par conséquent, en guise de prévention secondaire, il est important de fournir des informations sur la présence de substances parfumantes allergisantes particulières dans les produits cosmétiques, pour que les personnes sensibles puissent éviter tout contact avec la substance à laquelle elles sont allergiques.
Qu'est-ce que le règlement (UE) 2023/1545 a changé, et à partir de quand ?
Le règlement (UE) 2023/1545, adopté le 26 juillet 2023, étend la mention obligatoire aux 56 allergènes que le comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC) a identifiés dans son avis de juin 2012, avec les mêmes seuils de 0,001 % et 0,01 %. Il regroupe aussi des substances voisines sous un même nom et fixe parfois le nom à écrire, pour que la liste reste lisible.
Le calendrier tient en deux dates, posées dans les notes de l'annexe du règlement (UE) 2023/1545. Un produit qui ne respecte pas les nouvelles règles ne peut plus être mis sur le marché de l'Union après le 31 juillet 2026, mais il peut encore y être mis à disposition jusqu'au 31 juillet 2028. D'ici là, un même produit peut se trouver en rayon avec l'ancienne liste et avec la nouvelle.
Les nouveaux noms surprennent souvent, parce que beaucoup désignent des matières naturelles entières. L'annexe nomme désormais l'huile essentielle de citron (Citrus Limon Peel Oil), celle de bergamote, les huiles et extraits de plusieurs roses, dont la rose de Damas et la rose centifolia, tous à écrire « Rose Flower Oil/Extract », le jasmin (« Jasmine Oil/Extract »), la lavande, l'ylang-ylang et le santal, mais aussi des molécules comme la vanilline ou le sclaréol. Une huile essentielle n'est pas une matière sans allergène, ce que développe la Classe sur ce que la chimie a apporté au parfum et ce que « naturel » ne garantit pas.
Que sont les normes de l'IFRA, et en quoi diffèrent-elles du règlement européen ?
Les normes de l'IFRA (International Fragrance Association) sont des règles que l'industrie du parfum s'impose. La présentation des IFRA Standards par l'association en décrit trois types : l'interdiction d'une matière, la restriction, qui fixe une quantité maximale ou les produits où elle est permise, et la spécification, qui impose d'autres conditions comme des critères de pureté.
Chaque norme part d'une évaluation de sécurité rédigée par les scientifiques du RIFM (Research Institute for Fragrance Materials) et examinée par un groupe d'experts indépendants venus de la dermatologie, de la toxicologie, de la pathologie et des sciences de l'environnement. L'IFRA précise que ses normes sont obligatoires pour ses membres, qui produisent environ 80 % du volume mondial de parfum, qu'elles forment un système volontaire d'autorégulation et qu'elles ne dispensent aucune entreprise de respecter la loi des pays où elle vend. Les normes définitives paraissent sous forme d'amendements au Code de pratique de l'IFRA.
La différence avec le règlement européen tient en peu de mots : le règlement interdit, limite et impose l'étiquette ; la norme IFRA interdit, limite ou spécifie dans la formule, sans rien écrire sur le flacon. Elle vise aussi une substance apportée indirectement, par exemple par une huile essentielle qui la contient. Quant à la conformité d'un parfum aux normes, elle se déclare entre fournisseurs et clients par un certificat que l'IFRA n'émet pas elle-même.
Mousse de chêne, coumarine, citron : comment le règlement et l'IFRA les encadrent-ils ?
La mousse de chêne montre le mieux comment les deux systèmes se superposent. Le règlement (UE) 2017/1410 de la Commission a interdit l'atranol et le chloroatranol, deux composants naturels des extraits de mousse de chêne et de mousse d'arbre, parce que le CSSC les comptait parmi les allergènes à l'origine du plus grand nombre de cas d'allergie de contact ; depuis le 23 août 2019, un cosmétique qui en contient ne peut plus être mis sur le marché de l'Union. L'extrait lui-même reste à déclarer sur l'étiquette, et l'IFRA lui consacre une norme distincte, publiée en janvier 2020. La fiche de la mousse de chêne et la famille des chyprés racontent l'odeur qui se cache derrière ces règles.
La coumarine appartient à la liste historique (ligne 77 de l'annexe III), et la bibliothèque des IFRA Standards la classe en restriction, dans une version publiée en janvier 2020 avec le 49e amendement. Le citron relève des deux systèmes d'une autre façon : le limonène, qui tire son nom du citron et que les agrumes contiennent en quantités considérables d'après l'article de Wikipédia sur le limonène, se déclare depuis la liste historique, et l'huile essentielle de citron s'y ajoute avec le règlement de 2023. Côté IFRA, le limonène fait l'objet d'une spécification et l'huile de citron pressée à froid d'une restriction.
Le tableau rassemble six noms que tu peux croiser sur un flacon, avec leur place dans le règlement européen et dans la bibliothèque de l'IFRA.
| Nom sur l'étiquette | Matière | Règlement cosmétique européen | Norme IFRA (type, publication) |
|---|---|---|---|
| Evernia Prunastri Extract | Extrait de mousse de chêne | Ligne 91, à déclarer avant 2023 ; atranol et chloroatranol interdits | Norme « Oakmoss extracts », janvier 2020 |
| Coumarin | Coumarine | Ligne 77, à déclarer avant 2023 | Restriction, janvier 2020 |
| Limonene | Limonène | Ligne 88, à déclarer avant 2023, réécrite en 2023 | Spécification, janvier 1995 |
| Citrus Limon Peel Oil | Huile essentielle de citron | Ligne 353, ajoutée en 2023 | Restriction « Lemon oil cold pressed », janvier 2020 |
| Jasmine Oil/Extract | Huile ou extrait de jasmin | Ligne 357, ajoutée en 2023 | Restriction sur l'absolue de jasmin grandiflorum, janvier 2020 |
| Cananga Odorata Oil/Extract | Huile ou extrait d'ylang-ylang | Ligne 347, ajoutée en 2023 | Restriction « Ylang ylang extracts », janvier 2020 |
Ce que la mention d'un allergène sur l'étiquette ne dit pas
La mention d'un allergène dit une présence, pas un risque pour toi. Elle ne donne ni la dose au-delà du seuil, ni l'origine de la substance : le limonène, présent dans de nombreuses huiles essentielles, peut venir d'un zeste comme d'une autre plante. Et un produit sans aucun nom après « parfum » n'est pas pour autant sans allergène : il peut en contenir sous le seuil.
La mention ne remplace pas non plus un avis médical. Si ta peau réagit à un produit parfumé, c'est un médecin ou un pharmacien qui pourra chercher la substance en cause, et l'étiquette que tu auras gardée l'y aidera.
Exercice : lire trois étiquettes de ta salle de bains
Cet exercice se fait avec trois produits que tu as déjà, sans rien appliquer sur la peau. Il entraîne à relier un nom d'étiquette à une impression d'odeur, puis à vérifier.
- Choisis un produit à rincer (shampooing, gel douche), un produit sans rinçage (crème, déodorant) et un parfum ou une eau de toilette.
- Avant de lire quoi que ce soit, sens chaque produit au goulot ou sur une mouillette de papier, et note trois mots : zeste, foin, fleur, bois, savon, ce qui te vient.
- Lis ensuite la liste. Repère le mot « parfum », puis les noms d'allergènes, comme Limonene, Linalool, Coumarin, Citrus Limon Peel Oil ou Jasmine Oil/Extract.
- Compare tes trois mots avec ces noms. Un Limonene accompagne-t-il ton impression de zeste ? Un nom de fleur, ton impression florale ? Les fiches des notes du club t'aident à vérifier.
- Compte les noms d'allergènes de chaque produit. Si deux exemplaires d'un même produit n'ont pas la même liste, l'un a peut-être été mis sur le marché avant le 31 juillet 2026.
Raconte ce que tu as trouvé dans le cercle Apprendre à sentir : les étiquettes de chacun montrent vite combien les listes varient d'un produit à l'autre.
Mousse de chêne Coumarine Citron
Pour aller plus loin
- Règlement (CE) n° 1223/2009 du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relatif aux produits cosmétiques, EUR-Lex eur-lex.europa.eu
- Règlement (UE) 2023/1545 de la Commission du 26 juillet 2023 (mention de substances parfumantes allergisantes sur l'étiquette des produits cosmétiques), EUR-Lex eur-lex.europa.eu
- Règlement (UE) 2017/1410 de la Commission du 2 août 2017, EUR-Lex eur-lex.europa.eu
- IFRA Standards, International Fragrance Association ifrafragrance.org
- IFRA Standards library, International Fragrance Association ifrafragrance.org
- Limonène, Wikipédia fr.wikipedia.org
Ce qu'en disent les membres
J'ai fait l'exercice avec le savon à la lavande de la salle de bains. Après "parfum" il y a Linalool et Limonene, et c'est vrai que quand ont colle le nez au savon il y a un petit air de citron derrière la lavande.
Huguette
si je lis Limonene sur une étiquette, ça veut dire qu'il y a forcément du citron dedans ? par contre mon gel douche à la fleur d'oranger en a aussi et je comprends pas pourquoi.
L'étiquette parle molécules et plus seulement matières ; ta question tombe donc juste, Romane. Le limonène se trouve dans de nombreuses huiles essentielles, et la mention donne la molécule, pas le fruit dont elle sort. Pour le citron lui-même, la Classe montre qu'il a maintenant son propre nom sur la liste, Citrus Limon Peel Oil.
Moi j'ai des plaques rouges avec un lait pour le corps, du coup je vais virer tout ce qui porte Limonene.
Avant de bannir quoi que ce soit, montre ces plaques à un médecin ou à un pharmacien ; l'étiquette l'aidera à chercher.
Tu as gardé l'emballage de ce lait ?
Au nez : le shampooing, attaque d'agrumes, longueur courte, logique pour un produit qu'on rince. La crème, plus ronde, avec une Coumarin dans la liste que je n'aurais jamais devinée. Comme sur une contre-étiquette de vin, la liste ne raconte pas le goût, elle dit ce qu'il y a.
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