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Pièces de verrerie de laboratoire alignées sur fond sombre, robinets verts et rouges

Classe n°20 8 min de lecture

Métier de parfumeur : formations reconnues et sens du mot « nez »

On devient parfumeur par une formation spécialisée, à l'ISIPCA de Versailles, au Grasse Institute of Perfumery ou après un master de chimie, puis par des années à sentir chaque jour des matières premières. Tu sauras ensuite qui fait quoi autour d'un parfum, ce que les écoles demandent vraiment et ce que recouvre le mot « nez ».

Par l'équipe du club ·

Un parfumeur compose des formules : il assemble des matières naturelles et des molécules de synthèse pour obtenir l'odeur qu'une marque demande, pour une eau de toilette comme pour un gel douche. On y arrive par une formation spécialisée, puis par un long apprentissage. Deux écoles servent de repère en France, et la fiche métier « parfumeur » du Grasse Institute of Perfumery les cite toutes deux comme voies d'accès : l'ISIPCA, à Versailles, et le Grasse Institute of Perfumery lui-même, à Grasse.

Le mot « nez » est le surnom d'usage du parfumeur créateur, pas un diplôme. Autour de lui travaillent l'évaluateur, qui oriente la création, le parfumeur technique, qui adapte les formules aux produits du quotidien, l'assistant qui prépare les mélanges, et des chimistes et techniciens qui analysent et contrôlent les matières.

Que fait un parfumeur au quotidien ?

Un parfumeur passe l'essentiel de ses journées à essayer, sentir et corriger. La fiche métier de l'Onisep le décrit devant son orgue à parfums, où sont rangées « des centaines de fioles odorantes », enchaînant des dizaines d'essais avant d'affiner sa formule, et répartissant les matières en notes de tête, de cœur et de fond, celles de la pyramide olfactive. Il faut, toujours selon l'Onisep, une semaine pour créer le parfum d'un shampooing, deux à trois mois pour une eau de toilette.

Ce travail est encadré. Que la formule parte vers une maison de luxe ou vers un nettoyant ménager, elle doit respecter des contraintes réglementaires strictes, et des tests d'innocuité sont menés pour éviter réactions cutanées et allergies. La plupart des parfumeurs créateurs ne travaillent pas pour une marque, mais pour des sociétés qui produisent des matières premières et des concentrés parfumants vendus aux fabricants ; ceux qui exercent dans une maison consacrée à une seule marque « se comptent sur les doigts d'une main », écrit l'Onisep.

L'ISIPCA distingue deux profils. Sa page sur le métier de parfumeur présente le parfumeur créateur, dont la mission principale est de composer des fragrances originales, et le parfumeur technique, aussi appelé parfumeur analyste, qui adapte les compositions à la parfumerie fonctionnelle (cosmétique, hygiène, détergence, entretien de la maison) et contrôle la qualité des matières premières comme des produits finis.

Parfumeur, évaluateur, chimiste : qui fait quoi autour d'un parfum ?

Un parfum mobilise plusieurs métiers qui ne se confondent pas. Le tableau les range d'après les fiches de l'Onisep, de l'ISIPCA et du Grasse Institute of Perfumery.

MétierCe qu'il faitCe que demandent les sources
Parfumeur créateur (« nez »)Compose les formules, présente ses essais au client et les retouche selon ses retours.Chimie, matières premières, réglementation, marketing, anglais ; formation spécialisée.
Parfumeur technique ou analysteAdapte les formules à leur support (shampooing, lessive, crème), réalise analyses et contrôles.Formulation, techniques d'analyse, réglementation.
Évaluateur ou évaluatriceTraduit la demande du client au parfumeur, sent et décrit les essais, tient la collection d'odeurs de l'entreprise, fait le lien avec le marketing.Odorat, rigueur, créativité, sens du relationnel ; licences professionnelles, masters ou Grasse Institute of Perfumery.
Assistant parfumeurPrépare les mélanges de matières premières en suivant les formules du parfumeur créateur.Premier échelon possible du métier selon l'Onisep.
Chimiste, technicien de contrôleAnalyse les matières premières et les produits finis, contrôle leur qualité.Licence professionnelle ou master de chimie ; l'Onisep renvoie aux fiches aide-chimiste, technicien de contrôle et ingénieur chimiste en développement analytique.
Aromaticien ou aromaticienneConçoit des arômes pour l'industrie alimentaire.Mêmes écoles ; l'ISIPCA en fait un métier distinct du parfumeur.

L'évaluateur est le métier le moins connu et le plus proche du parfumeur. La fiche du Grasse Institute of Perfumery consacrée à l'évaluateur en fait le conseiller du parfumeur, présent de la lecture du brief du client jusqu'à la création finale, et chargé des collections de matières et de parfums de l'entreprise. L'Onisep ajoute qu'il évalue la formule, fait le lien avec l'équipe marketing, et qu'un poste d'évaluateur peut venir après des années de parfumerie.

La chimie, elle, irrigue tous ces métiers. Pour comprendre ce que les molécules de synthèse ont changé dans la palette du parfumeur, lis la Classe naturel ou synthétique, ce que la chimie a apporté au parfum.

Quelles formations reconnues mènent au métier de parfumeur ?

L'ISIPCA, à Versailles

L'ISIPCA a été créé à l'initiative du parfumeur Jean-Jacques Guerlain, il y a plus de cinquante ans d'après l'école, et fait aujourd'hui partie des écoles de la Chambre de commerce et d'industrie Paris Île-de-France. Son cursus en parfumerie mène au titre de « Manager des process de création et de développement des produits parfum, cosmétique ou arômes », enregistré au RNCP sous le code 37789, au niveau 7.

On peut y entrer à plusieurs moments : après le bac pour cinq ans, après un bac + 2 scientifique pour trois ans (une année commune parfum, cosmétique et arômes avec un stage, puis deux années de spécialisation en alternance), après un bac + 3 pour deux ans, ou après un bac + 5 pour une année baptisée « Fragrance Expertise ». Le test d'entrée en trois ans porte sur la connaissance du secteur, la chimie, le calcul et l'anglais. Parmi les débouchés, l'école cite parfumeur créateur junior, parfumeur analyste et évaluateur.

Le Grasse Institute of Perfumery, à Grasse

Le Grasse Institute of Perfumery a été fondé en 2002 par Prodarom, le syndicat professionnel français de l'industrie des parfums, membre de l'IFRA. Son diplôme technique international en création de parfum et évaluation sensorielle dure dix-huit mois : une année en centre, de janvier à décembre, puis six mois de stage dans l'industrie, n'importe où dans le monde. Le programme compte 1 200 heures, dont 600 assurées par des parfumeurs créateurs ou des experts techniques, et se suit en anglais.

La sélection est étroite : douze places, pour plus de deux cents candidatures venues du monde entier selon l'école. Les épreuves comprennent un test de calcul et de logique, un test de créativité autour d'un parfum, deux tests de reconnaissance olfactive sur des séries de dix matières premières et un entretien avec un parfumeur ou l'équipe pédagogique. L'école considère un master scientifique ou de marketing comme le meilleur profil, la licence comme le minimum, et situe l'âge idéal pour devenir parfumeur entre 25 et 35 ans.

Les autres voies

Ces deux écoles ne sont pas les seules portes. L'Onisep cite des licences professionnelles (chimie de synthèse, industries pharmaceutiques et cosmétologiques) et des masters de chimie, de cosmétologie ou de formulation, et précise qu'on peut démarrer comme assistant parfumeur.

Que veut dire le mot « nez », et faut-il un odorat hors du commun ?

« Nez » est le surnom d'usage du parfumeur créateur : l'ISIPCA le dit « communément appelé » ainsi, et l'Onisep le range parmi les synonymes du métier. Aucune des formations citées ne délivre un diplôme qui porte ce nom : l'ISIPCA délivre un titre de manager des process de création, le Grasse Institute of Perfumery un diplôme technique international.

Le métier s'apprend en sentant. Selon l'Onisep, la première étape consiste à sentir chaque jour les matières premières pour apprendre à les reconnaître et à les nommer, jusqu'à mémoriser et identifier quelque 1 500 à 3 000 matières ; il faut « de nombreuses années » pour y parvenir. Les qualités olfactives comptent, mais les écoles testent aussi la logique, la créativité et la chimie.

L'UNESCO décrit la même chose à Grasse. La fiche des savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse, inscrits en 2018 au patrimoine culturel immatériel, note que l'art de composer fait appel à l'imagination, à la mémoire et à la créativité, puis précise :

Les connaissances associées sont essentiellement transmises de façon informelle à travers un long apprentissage qui se déroule encore principalement au sein des parfumeries.

UNESCO, patrimoine culturel immatériel : les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse

La mémoire dont parlent ces textes se construit odeur après odeur, et un nom posé sur une odeur aide à la retrouver : c'est ce que montre la recherche réunie dans la Classe sur l'odorat, la mémoire et les souvenirs d'enfance.

Combien de nez, et par quelles étapes passe une carrière de parfumeur ?

Le métier compte peu de places. L'Onisep parle d'« un peu plus d'une centaine de nez en France » et explique que les formations sont peu nombreuses parce que les débouchés sont limités.

Les étapes décrites par l'Onisep sont progressives : assistant parfumeur, qui prépare les mélanges d'après les formules ; parfumeur junior ; parfumeur confirmé. Un poste d'évaluateur ou de contrôle qualité fait partie des trajectoires possibles, et l'ISIPCA cite parmi les débouchés plus lointains chef parfumeur, directeur de création ou consultant en parfumerie. Les écoles publient leurs propres chiffres de salaires et d'insertion : lis-les comme des chiffres d'école, sur leurs pages, avant de choisir une formation.

Pourquoi le métier de parfumeur reste lié à Grasse et à Versailles

Grasse reste le lieu où le métier touche la plante. L'UNESCO rappelle que la culture des plantes à parfum, leur transformation et la création d'assemblages odorants s'y pratiquent depuis au moins le XVIe siècle, dans un milieu artisanal longtemps dominé par la tannerie. Le diplôme du Grasse Institute of Perfumery prévoit des visites d'usines, de laboratoires et de producteurs de jasmin, de rose, de lavande et de mimosa ; la Classe sur Grasse et la culture des plantes à parfum raconte ce paysage.

Versailles accueille l'ISIPCA et l'Osmothèque, le conservatoire international des parfums. La Classe sur l'Osmothèque de Versailles raconte ce qu'elle conserve, pourquoi des parfums disparaissent et comment on les sent aujourd'hui.

Exercice : un brief, deux rôles, quelques languettes de papier

Cet exercice te fait tenir tour à tour les deux rôles centraux du métier, parfumeur et évaluateur, avec ce que tu as dans ta cuisine. Il se fait à deux, avec des petits pots et des languettes de papier buvard ou de filtre à café, jamais sur la peau.

  1. Rassemble dix matières faciles à trouver, comme les séries de dix des tests de Grasse : zeste de citron, clou de girofle, cannelle, gousse de vanille, menthe fraîche, grains de café, thé noir, poivre noir, lavande séchée, romarin.
  2. Chaque jour pendant une semaine, sens-les en lisant leur nom, puis les yeux fermés, et note celles que tu reconnais. C'est la routine que décrit l'Onisep, en miniature.
  3. Ton partenaire écrit un brief d'une phrase, comme le ferait une marque : « un matin d'hiver dans une cuisine », « un jardin après la pluie ».
  4. Tu joues le parfumeur : choisis trois matières qui répondent au brief, mets les épices dans de petits pots, frotte zestes et feuilles sur une languette, et présente le tout ensemble.
  5. Ton partenaire joue l'évaluateur : il sent, dit ce qui sert le brief et ce qui le trahit, et propose un changement. Tu retouches, une matière à la fois.
  6. Inversez les rôles avec un nouveau brief.

Tu verras vite pourquoi le métier repose sur ce dialogue : celui qui compose a le nez dans ses essais depuis longtemps, celui qui évalue arrive avec un regard neuf et la demande du client en tête. Partage ton brief et tes trois matières dans le cercle Apprendre à sentir.

Pour aller plus loin

Ce qu'en disent les membres

marius.de.grasse

Je ne suis pas du métier, je conduis un taxi à Grasse. L'été, je dépose souvent des petits groupes d'étudiants étrangers au bord des champs, et ils sentent les fleurs avec un sérieux que je n'avais jamais vu. Je comprends mieux pourquoi maintenant.

zoe.capitoul

Il faut vraiment être forte en chimie pour faire ça ? J'étais trop nulle au lycée, alors que je reconnais toutes les violette du marché les yeux fermés.

kader.vetiver

D'après les pages des deux écoles, oui, la chimie fait partie du voyage : le test de l'ISIPCA a des questions de chimie et de calcul, celui de Grasse un test de logique. Mais reconnaître tes violettes à l'aveugle, ca s'entraîne aussi, et l'exercice de la Classe t'y aide.

odette.cassis

J'ai fait l'exercice avec mon mari en évaluateur. Brief : "une cave en automne". J'ai pris café, clou de girofle et poivre noir ; il a trouvé l'attaque juste mais la longueur trop sèche, il manquait quelque chose de minéral, de pierre fraîche. On a remplacé le poivre par le thé noir, et là, oui.

arthur.epicea

On apprend de la même façon : on regarde, on refait, et un jour on te laisse seul devant la pièce. Je croyais qu'il fallait un don pour sentir comme un parfumeur. Ce que l'UNESCO écrit sur l'apprentissage dans les parfumeries me parle davantage : des années de geste répété, et quelqu'un qui corrige la position de ton pouce sur le rabot.

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