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Champ de tubéreuses en fleur au Bangladesh, un arbre isolé au milieu des tiges blanches

Classe n°6 8 min de lecture

Grasse, capitale du parfum : fleurs, savoir-faire et UNESCO

Grasse est la ville où la culture des plantes à parfum, leur transformation et l'art de composer se sont développés ensemble depuis au moins le XVIe siècle, des savoir-faire inscrits au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2018. Tu sauras d'où viennent la rose de mai, le jasmin, la tubéreuse et le mimosa du pays de Grasse, ce que conserve son musée, et comment sentir chez toi la palette de la ville.

Par l'équipe du club ·

Grasse, dans les Alpes-Maritimes, est la ville où l'on cultive des plantes à parfum, où l'on sait en extraire les odeurs et où l'on compose des parfums, et cela depuis au moins le XVIe siècle. Ces trois savoir-faire ont été inscrits ensemble en 2018 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO, sous un intitulé qui les nomme un par un : la culture de la plante à parfum, la connaissance des matières premières naturelles et leur transformation, l'art de composer le parfum.

Quelques fleurs ont fait la renommée du pays de Grasse : la rose centifolia, le jasmin et la tubéreuse dès le XVIIe siècle, puis le mimosa au XIXe. Ce cours suit leur histoire, détaille ce que l'UNESCO a reconnu, ce que conserve le Musée international de la parfumerie et ce qu'il reste aujourd'hui des champs de fleurs.

Comment une ville de tanneurs est-elle devenue la ville du parfum ?

Grasse est passée du cuir au parfum. La page des Musées de Grasse sur l'inscription des savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse décrit une chaîne de connaissances façonnée depuis le XVIe siècle, à l'époque où les tanneurs, qui embaumaient les cuirs avec des essences locales, sont devenus peu à peu parfumeurs. La fiche de l'UNESCO le dit en une phrase :

Pratiquées depuis au moins le XVIe siècle, la culture des plantes à parfum et leur transformation ainsi que la création d’assemblages odorants se sont développées en Pays de Grasse dans un environnement artisanal longtemps dominé par la tannerie.

UNESCO, fiche des savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse, Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité

Les premières plantes à parfum de Grasse, au XVIe siècle, étaient l'oranger sauvage venu de la Riviera italienne, les lavandes, le cassier, de la famille du mimosa, importé d'Afrique, le myrte et le lentisque pistachier, selon la présentation des jardins du Musée international de la parfumerie. Les gantiers-parfumeurs trouvaient ainsi sur place les essences dont leur métier avait besoin. La parfumerie a gardé une famille pour cette odeur : la famille olfactive des cuirs.

Quelles fleurs cultive-t-on pour le parfum autour de Grasse ?

Trois fleurs deviennent dès le XVIIe siècle les emblèmes de la parfumerie grassoise : le jasmin, la rose et la tubéreuse. La même page des Musées de Grasse date leur arrivée : le jasmin, venu des Indes, apparaît vers 1650 dans la campagne de Grasse ; la rose centifolia, plus petite mais plus odorante que la rose commune, y est mise en culture à la même époque ; la tubéreuse, venue d'Italie, s'implante vers 1670. Le mimosa les rejoint au XIXe siècle.

PlanteArrivée dans le pays de GrasseOù on la cultive surtout aujourd'huiUn détail à retenir
Rose centifolia, ou rose de maiXVIIe siècleGrasse et le MarocNon remontante : une seule récolte par an
Jasmin à grandes fleursVers 1650, venu des IndesInde et Égypte ; France, Maroc, Italie à plus petite échelleFleurs cueillies juste avant l'aube, en août à Grasse
TubéreuseVers 1670, venue d'Italie ; originaire du MexiqueInde, où les récoltes sont les plus abondantes ; de nouveau à GrasseEnfleurage à froid encore pratiqué dans le pays de Grasse
MimosaXIXe siècle ; arrivé en France entre 1800 et 1804Autour de Grasse et dans des communes du Var et des Alpes-MaritimesFleurit de janvier à mars ; d'abord enfleuré, aujourd'hui extrait aux solvants

La rose centifolia, ou rose de mai

La rose de Grasse est Rosa × centifolia. L'article Wikipédia sur ce rosier rappelle ses autres noms, « rose de mai » ou « rose chou », et explique que « cent-feuilles » renvoie au grand nombre de ses pétales. On la cultive beaucoup à Grasse et au Maroc pour produire l'essence de rose. Elle n'est pas remontante : une seule récolte par an, ce qui explique en partie son prix très élevé. Son autre nom, « rosier de Provence », vient d'une confusion : en 1768, le botaniste Miller l'a baptisée Rosa provincialis en pensant à Provins, pas à la Provence. La matière a sa fiche de la rose en parfumerie.

Le jasmin à grandes fleurs

Le jasmin de Grasse est Jasminum grandiflorum, qu'on appelle couramment jasmin d'Espagne. L'article Wikipédia qui lui est consacré date sa culture à Grasse du milieu du XVIIe siècle et décrit une récolte d'août : les fleurs doivent être cueillies juste avant l'aube et traitées le plus vite possible. Son parfum y est dit floral, fruité, animal et poudré. Pour la matière, voir la fiche du jasmin et de son absolue.

La tubéreuse

La tubéreuse vient du Mexique et a été introduite en Europe à partir du XVIe siècle. L'article Wikipédia sur la tubéreuse la dit autrefois abondante dans la région de Grasse et note une particularité : ses fleurs continuent de diffuser leurs particules odorantes plus de 48 heures après la cueillette. Son odeur y est décrite comme très capiteuse, plutôt verte au départ, puis lactée et solaire. Côté flacon, voir la fiche de la tubéreuse en parfumerie.

Le mimosa

Le mimosa, Acacia dealbata, arrive le dernier. D'après l'article Wikipédia sur Acacia dealbata, les premiers pieds vivants arrivent en France entre 1800 et 1804 grâce au navigateur Nicolas Baudin, puis l'arbre est planté sur la Côte d'Azur au XIXe siècle pour la fleur coupée. Il a contribué à l'essor de Grasse : on l'a planté tout autour de la ville et dans de nombreuses communes du Var et des Alpes-Maritimes, au point de donner son nom à Bormes-les-Mimosas. Sa fleur, très fragile, donne une essence qui sert à modifier les accords floraux construits sur la rose et le jasmin. Tu le retrouves dans la fiche du mimosa, fleur jaune de l'hiver.

Que recouvrent les savoir-faire inscrits par l'UNESCO en 2018 ?

Les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse recouvrent trois aspects : la culture de la plante à parfum, la connaissance des matières premières et leur transformation, l'art de composer le parfum. La fiche de l'UNESCO précise qu'ils réunissent de nombreux groupes au sein de l'Association du patrimoine vivant du Pays de Grasse, et qu'ils se transmettent surtout de façon informelle, par un long apprentissage qui se déroule encore principalement dans les parfumeries. Les Musées de Grasse datent l'inscription du mercredi 28 novembre 2018.

Cultiver

La culture demande de connaître les sols, le climat, la physiologie des plantes, et des gestes précis : taille, tuteurage, arrosage, greffe. Les Musées de Grasse citent des greffeurs en voie de disparition, ceux qui savent greffer le rosier centifolia sur indica major ou le jasmin à grandes fleurs sur le jasmin officinal.

Transformer

La transformation demande une connaissance fine des matières et la maîtrise de l'extraction de leurs molécules odorantes. Les Musées de Grasse citent des techniques anciennes comme l'enfleurage et des procédés récents comme l'éco-extraction, développée à Grasse à partir des années 2000, ainsi que des métiers qui vont du distillateur au chimiste, au chaudronnier et au souffleur de verre. La Classe sur les procédés d'extraction, de l'alambic au CO2 supercritique les détaille un par un.

Composer

L'art de composer part d'une idée d'odeur que le parfumeur matérialise avec ses ingrédients ; les Musées de Grasse le comparent au travail du musicien qui, ayant intégré le solfège, compose une œuvre. Cet art peut aussi concerner Paris, tant les réseaux professionnels entre Grasse et la capitale sont denses.

Que conserve le Musée international de la parfumerie ?

Le Musée international de la parfumerie, à Grasse, conserve l'histoire du parfum sous tous ses aspects : matières premières, fabrication, industrie, innovation, négoce, design, usages. Les Musées de Grasse, dans l'histoire du Musée international de la parfumerie, le présentent comme la première collection publique au monde consacrée à l'industrie du parfum, organisée selon trois axes : séduire, soigner, communiquer.

Son origine remonte à 1918, quand François Carnot, fils du président de la République, crée à Grasse un musée privé avec une section réservée à la parfumerie, enrichie dès 1921 par des dons. Le Musée international de la parfumerie est inauguré en janvier 1989, année du bicentenaire de la parfumerie française, et des travaux commencés en 2006 ont doublé sa surface, portée à 3 500 m². Un détail le relie à l'histoire des flacons : c'est François Carnot qui a présenté le parfumeur François Coty au verrier René Lalique. La Classe histoire du parfum en repères vérifiés replace ces dates dans le temps long.

Le musée a aussi ses jardins, dont une partie sert de conservatoire des plantes à parfum : elle reproduit les champs de fleurs tels qu'on les cultivait à l'époque de l'industrie de la plante à parfum, et un parcours olfactif range les plantes par zones d'odeurs : le visiteur y est invité à passer la main dans les feuillages et à sentir les fleurs au bord du sentier.

Que reste-t-il des champs de fleurs du pays de Grasse ?

Moins qu'autrefois : le jasmin de Grasse est devenu rare, et la tubéreuse, jadis abondante, recommence à y être cultivée. Pour la parfumerie, le jasmin à grandes fleurs est aujourd'hui produit surtout en Inde et en Égypte, et à plus petite échelle en France, au Maroc et en Italie ; quant à la tubéreuse, c'est en Inde que ses récoltes sont les plus abondantes.

Les savoir-faire se transmettent encore, mais certains tiennent à peu de mains : les greffeurs figurent parmi les métiers en voie de disparition. C'est le sens des jardins du musée, dont la vocation première est de contribuer à conserver la diversité des variétés traditionnellement cultivées pour la parfumerie, et de garder visible le paysage olfactif de cette agriculture locale.

Exercice : reconstituer chez toi la palette du pays de Grasse

L'idée : sentir dans l'ordre de l'histoire les plantes de Grasse, avec ce que tu trouves au jardin, chez le fleuriste ou au rayon pâtisserie. Il te faut des mouillettes ou des bandes de papier, de petits bocaux, une cuillère et un carnet. Rien ne se pose sur la peau.

  1. Le XVIe siècle. Une feuille ou un zeste d'orange, un brin de lavande : froisse chacun dans un bocal, sens, note trois mots.
  2. Le XVIIe siècle. Une rose, et un jasmin si tu en croises un en pot : écrase un pétale à la cuillère dans un bocal plutôt qu'entre tes doigts, puis sens à distance.
  3. La fleur et son eau. Dépose une goutte d'eau de rose ou d'eau de fleur d'oranger sur une mouillette et compare-la à la fleur fraîche si tu en as une : ce qui manque, ce qui apparaît.
  4. Le XIXe siècle. De janvier à mars, approche une branche de mimosa, puis reviens à la rose : cherche ce que le mimosa change à côté d'elle.

Si tu trouves une tubéreuse chez un fleuriste, sens-la le jour même puis le lendemain : c'est la fleur qui continue de diffuser son odeur après la cueillette. Tu peux raconter ta palette dans le cercle Fleurs et bouquets.

Rose Jasmin Tubéreuse Mimosa

Pour aller plus loin

Ce qu'en disent les membres

marius.de.grasse

En mai, il y a des matins où toute la voiture sent la rose quand je longe les champs. Les gens que je conduis me demandent d'où ça vient, maintenant je peux leur parler des tanneurs et des gantiers.

simone_mimosa

Au pied du Tanneron, j'ai toujours cru que le Mimosa était là depuis la nuit des temps... Il est arrivé au tout début du XIXe siècle, je l'apprends à mon âge.

Et dire qu'il sert à modifier les accords de Rose et de Jasmin...

zoe.capitoul

On peut aller sentir les champ de fleurs quelque part, ou c'est trop compliqué ?

agathe.tilleul

Zoé, les jardins du Musée international de la parfumerie reproduisent une partie des champs d'autrefois, et le parcours invite à sentir les fleurs au bord du sentier. Vérifie les jours d'ouverture avant de partir.

clemence.encre

Les gantiers-parfumeurs trouvaient sur place les essences de leur métier ; c'est ce détail des Musées de Grasse qui m'a le plus appris, parce qu'il montre comment une ville de tanneurs s'est tournée vers les plantes avant même l'arrivée du jasmin et de la tubéreuse.

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